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Témoignages

Une petite mort




Il y a environs dix ans, un peu plus maintenant, il m'est arrivé une aventure étrange, dont je garde un souvenir précis, sans doute l'expérience la plus influente sur ma vie : J'ai repris conscience, après une absence complète


Ce retour à ma propre présence c'est produit comme cela, instant après instant :

Le souvenir étrange d'avoir déjà été

Je suis !

Puis, vaguement, naît la sensation d'avoir déjà été.

L'instant d'après, j'en suis sur, j'ai déjà été, avant.
Et il me semble que je portais un nom
Et faisait une multitude de choses...

Et soudain, mon prénom me revient
Et mes souvenirs reviennent, précis, innombrables,
En une avalanche intense et rapide.
Malgré une chronologie précise
Ce que je fus me laisse une nette sensation de désordre.

Et j'avais aussi un corps !
Ah oui, je le sens, il est là.
Et des yeux.
Je les ouvre et je pleure.

Je vois une pièce,
Je vois une femme...

Par un effort nécessaire,
Je retrouve le fils de mes souvenirs,
Le dessus de l'avalanche...


À l'époque je ne me suis pas rendu compte de l'importance de cet événement. Il ressemblait aux autres plongées dans ce que j'appelais "le domaine étrange". Des expériences qui se produisaient dans ma vie, autour de l'érotisme et des massages. Des moments durant lesquels mes émotions étaient  émerveillées et mon énergie intense.

Des expériences précédentes m'avaient amené à pressentir la possibilité de vivre cela et c'était devenu une recherche, où plus précisément une attente car je ne savais pas du tout comment chercher. À ma partenaire, j'avais écrit ce poème :

Aimer à en mourir,
Jouir en risquant sa vie,
Tout donner d'un seul trait,
Disparaître un instant de l'ensemble des corps.

Qui sait ce qu'il y a après ?
Veux-tu vraiment le savoir ?
Es-tu prête ?
ES-TU PRÊTE ?

Voilà désormais mon incessante question

Je sais aujourd'hui ce que cet épisode a changé radicalement ma vie, même sans se reproduire pleinement. Cela a mis en évidence en moi un contact profond avec la vie, qui ne s'est jamais effacé, qui était ténu à l'époque mais qui n'a cessé de s'actualiser, et de s'amplifier. Cela a produit en moi une sensation que je percevais au centre de ma poitrine et qui, peu à peu, a gagné tout mon corps. Sensation de quelque chose de beau, lumineux et joyeux, de fort et solide sans être dur, d'inaccessible à la mort. Une présence de la vie en moi comme  sensation de ma propre vie, une  possibilité d'être qui est différente de la sensation de mon corps ou de mes souvenirs.

Est apparue aussi la nécessité de mettre de l'ordre dans cette pagaille qui est mon passé. Même si ce passé avait finalement perdu beaucoup de son importance, il restait un poids important. La quantité innombrable de souvenirs rendait impossible de travailler souvenir par souvenir. Alors est apparue la nécessité de choisir des façons d'être qui produiraient de l'ordre plutôt que du désordre, d'adopter un style de vie qui tienne compte, prioritairement à toutes autres choses, du « domaine étrange », car la vie y est plus présente, et de laisser le temps faire. Évidement, cela met en décalage par rapport à la société et notamment au commerce.

J'avais déjà ce goût prononcé pour la beauté lumineuse et transcendante du corps. J'avais déjà connue bien des fois cette expérience et je connaissais sa capacité à guérir les blessures existentielles et à inspirer un style de vie meilleur. J'avais déjà employé la sensualité et l'érotisme pour faire émerger cette lumière, cette expérience profondément humaine. Mais cet épisode me révèle que l'érotisme peut être pour moi une voix d'accès à quelque chose de profond, capable de m'inspirer et d'orienter ma vie toute entière dans une recherche.

J'ai appris à reproduire et à partager certains des états du "domaine étrange" mais je me suis égaré, en confondant la joie, la félicité, l'extase parfois, avec un but plus ultime : la contact avec la vie elle-même. Je comprends aussi aujourd'hui que cette ultime étape ne se produit pas comme un exercice, qu'elle se désire, se cherche, se demande avec ferveur. Elle ne peut se donner, ni se partager. Elle dépend, en chacun et pour lui-même, d'un choix ultime et complet. J'ai approché régulièrement cette sensation de contact avec la vie, au travers du contact intime avec la vie d'une autre personne, mais sans plus vouloir aller plus loin, en me baignant dans cette lumière, présente et joyeuse, mais voilée, voilée par moi-même.

Je comprends également que, souvent, c'est cette sensation de contact avec la vie qui produit l'intérêt que les personnes me portent. Elle n'apprécie pas principalement l'être passablement incohérent exécutant nécessairement une avalanche d'action qui ressemble à une vie. Elle apprécie cette possibilité de contact avec la vie, ma soif et ma recherche de cette lumière. Elles apprécient ma capacité à contacter et agrandir en elles cette lumière de la vie, aux travers de la sensualité et de l'érotisme. Elles s'intéressent à mes idéaux, c'est à dire au siloïsme, et mes priorités, bien plus qu'à mes maigres capacités à mettre mes choix en pratique.

A cette époque, j'ai donné à mes proches un témoignage de mon expérience, sous forme d'un recueil de poème « jouer avec le feu ». Finalement je le retouche et le complète aujourd'hui avec ce poème « le sentiment étrange d'avoir déjà été » qui témoigne de l'expérience clé de cette période... (lire ce recueil)

Remerciements :

Je remercie toutes les personnes avec lesquelles nous avons partagé cette quête depuis vingt ans. Qu'ils sachent que je me sens proche d'eux aujourd'hui autant qu'avant, sinon de plus en plus.

Merci à toi, Isabelle, pour cette discussion particulière, dans laquelle tu as reprécisé que ceux qui ont vécu, l'expérience de la suspension du moi, en garde un souvenir précis. Car c'est à cette occasion que j'ai osé me poser la question pour moi-même et que j'ai commencé à comprendre...

Merci, à toi Alain, pour cette monographie sur le soufisme que tu m'as envoyée, j'y ai trouvé des correspondances fortes avec ma propre expérience et surtout j'y ai trouvé la trace évidente de mon égarement actuel.

Merci, à toi Claudie, pour toutes ces années de confiance et de patience qui m'ont permis et me permettent encore de m'humaniser. Merci pour cette monographie dans laquelle également je trouve des correspondances directes avec ma vie, au travers d'un regard qui structure.


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