Témoignages

Quelques secondes d'égarement




Ici, un exemple de la fragilité
des relations qui se déroulent
durant les massages sensuels.


Nous nous connaissons depuis bientôt dix ans. Elle, comme tant d'autres, me demande une aide seulement quand elle ne trouve plus d'autre solution à son mal-être et sans trop imaginer le soulagement réel que je peux lui apporter. Nous nous sommes rencontrés quelquefois durant ces années et ne lui connaissant pas d'aventure amoureuse, ou même de relation tendre, j'ai souvent imaginé la prendre dans mes bras pour lui donner de la tendresse et du réconfort. Jamais le moment ne s'est présenté. Socialement, ce n'était pas mon rôle de lui ouvrir les bras et humainement elle n'imagine peut-être pas que cela existe, et encore moins que je sois capable de lui donner des émotions dont elle a besoin. Étrangement, elle semble accepter avec humilité sa situation, et conserve humanité et bonté quand bien d'autres se seraient aigris. C'est là un trait remarquable de force et d'équilibre. Sa générosité constante m'a souvent marqué. Chacune de ses visites commence par un cadeau, même quand elle vient pour rendre service ! Son rôle de mère semble être ce qu'elle vit de plus beau et peu à peu il semble avoir configuré tous ses autres rôles. Elle vient à moi dans un moment de faiblesse prononcée, assaillie par son passé et sans force pour maintenir loin d'elle ses blessures. Un des moments particuliers que traversent les êtres humains, et qui bien orientés, peuvent leur permettre de pardonner et d'apaiser leurs souffrances plutôt que de les enfouir encore.

Il me semblait inimaginable qu'elle se déshabille. Mais elle se met nue sans presque hésiter et s'allonge sur le ventre. Quand je touche son dos la première fois la douceur de sa peau me surprend. Et en peu de temps, sa subtilité me surprend également. Je dois changer en sa faveur un point de vue. J'imaginais fades ses relations physiques et elles se révèlent d'une sensibilité hors du commun, rassemblant des nuances ténues et fragiles comme autant de directions à parcourir.

Avec peu de contact, je manipule son énergie. Tandis que des souvenir douloureux dans sa vie de femme surgissent, je sens grandir en elle un appel de tendresse, un besoin de caresses, sa nécessité de vivre maintenant une expérience humaine différente des souvenirs. Au fond de moi je ressens fortement l'envie de la caresser, d'apprécier sa peau mais je cherche rapidement le sentiment juste dont elle a besoin. Elle ne demande pas un père, ni un amant comme cela arrive parfois, mais juste un compagnon, un être humain qui la reconnaisse comme être humain. Mais aussi comme femme et sans attendre d'elle. Les caresses sont appropriées et cela me plait beaucoup qu'un tel moment soit venu. Elle est maintenant allongée sur le côté couverte d'un drap souple. Je passe mes mains tantôt sur le drap, tantôt dessous avec réserve. J'apprécie de toucher ses cheveux, sa nuque, son ventre et je sens ses émotions se délier et se clarifier. Je me demande si je saurai voir et apprécier sans la gêner, la beauté que son corps a besoin d'exprimer. Je prends le risque de la blesser. Je découvre ses fesses puis le haut de ses jambes, en les caressant avec toute la simplicité dont je suis capable. En la regardant et la touchant ainsi, je ressens un érotisme délicat et discret, à l'image de sa présence. Elle n'a pas besoin de plus et c'est la fin de ce massage. Je la laisse seule et prépare un thé pour le temps de discussion, ou de silence, qui suivra ce beau moment.

Elle parle un peu des souvenirs qui se sont manifestés durant le massage et de liens entre eux et la situation ponctuelle qu'elle vit. Surtout elle me remercie avec chaleur pour le massage et en particulier pour les caresses de la fin, ajoutant que cela lui a fait beaucoup de bien, au-delà de ce qu'elle attendait. J'accueille avec plaisir sa satisfaction et la remercie pour sa confiance. Elle me donne un peu d'argent en plus de la nourriture qu'elle m'a apportée. Un peu plus tard avant qu'elle ne parte, je l'invite à revenir. Elle revient environ deux semaines plus tard, apportant à nouveau un peu de nourriture. Je suis enchanté de pouvoir goûter à nouveau sa présence et sa subtilité. Ce deuxième moment ressemble beaucoup au premier. Il est pour chacun aussi satisfaisant. Comme elle me donne à nouveau de l'argent, je l'invite à revenir même sans argent ni sans cadeau mais pour elle, car cela lui fait du bien. Elle répond qu'elle a entendu, qu'elle sent bien ce qui se passe et elle part.

Un mois plus tard elle téléphone pour prendre un rendez-vous. Sa voix est enjouée et amusée. Je suis enthousiaste à l'idée d'un nouvel échange si humain et cette fois plus détendu car il me semble qu'elle ne vient pas par nécessité mais par goût, pour connaître la suite.

Quand elle arrive je lui propose de boire un thé ou de commencer directement. Elle choisit de commencer, entre dans l'alcôve réservée au massage et se déshabille naturellement. Elle ne s'allonge pas immédiatement mais s'agenouille et dit quelques mots. C'est un court instant mais il me semble qu'elle n'hésite pas à se montrer nue et en éprouve un plaisir léger. Je remarque aussi la forme de ses seins. Menus, pointus, ils semblent sourire. Avant d'être trop séduit je lui indique de s'allonger sur le matelas.

Lentement je caresse son dos, ses fesses et ses jambes pour rétablir un contact physique et pour m'apaiser.

Je me suis préparé pour aller, si possible, plus avant dans les techniques énergétiques. Lentement je prépare son corps à les recevoir. Sa chair libère des souvenirs et elle pleure. Je laisse se dérouler l'enchaînement de ses émotions, en invitant ce qui stagne à se démobiliser et à sortir enfin. Je pose ma main juste au-dessus de son sexe et sens la fine toison qui le couvre. Cette nouvelle douceur me surprend et me séduit.

Quand le processus intérieur que nous avons déclenché en elle s'achève, je la couvre et elle roule sur le côté. A nouveau je la caresse, guidé par ses formes souples. Je sens son sein reposer dans ma paume. Je sens au bout de mes doigts en haut de sa cuisse l'intime petite courbure qui marque la position du sexe enchâssé. Je suis troublé. L'instant d'après, elle est assise. Comme je passe encore ma main dans son dos, elle dit qu'elle va bien et heureusement je perçois dans sa voix la tension qui traduit sa gêne. Je remarque que j'ai dévié, cette fois je n'ai pas réussi pas à rester suffisamment détaché, mais les choses du corps nous trompent et je ne m'en suis pas aperçu immédiatement. Je sens alors qu'elle désire être seule et je me retire.

Je prépare le thé en pensant qu'elle ne reviendra pas, que mes émotions d'homme l'auront effrayée. Ce changement en moi a été si délicat, presque imperceptible. Je regrette de n'être pas plus attentif, d'être aussi perméable à la féminité et de m'être laissé aller à la fin à la toucher plus qu'à lui donner quelque chose de bon pour elle.

Lors de la discussion qui suit, elle me dit qu'elle aurait préféré que je ne la touche plus à partir du moment où elle était couverte. Pensant que, pour elle, il est important d'apprendre à ne pas subir je l'invite à me dire dans l'instant les choses qu'elle désire si je ne le sens pas. Elle saisit le fond du message et en témoigne.

Elle demande si les techniques énergétiques éveillent chaque fois des situations difficiles. J'explique que souvent les premiers moments sont difficiles mais qu'après surgissent du corps aussi des sensations très belles.

Juste avant son départ elle m'étonne à nouveau en donnant un peu plus d'argent, en reprenant rendez-vous, et en témoignant que c'est une belle aventure. J'accepte tout cela avec joie et la remercie encore pour sa confiance en moi.

Dans les jours qui suivent, parfois je pense à elle. Peu à peu je fais le tri entre mes envies et ses besoins et ainsi se dessinent les techniques que nous pourrions essayer lors de sa prochaine visite. Heureusement assez de jours passent pour que je retrouve le recul nécessaire à mon activité et quand elle revient je constate que son processus n'est pas rapide comme je l'avais imaginé et qu'elle a besoin de tout autre chose. Elle exprime d'ailleurs directement ce qui lui a plu et déplu. Le massage est très simple. La soie de sa peau me touche à nouveau et il me vient à l'idée qu'elle a préparé son corps avant de venir. Les caresses un peu intimes des rencontres précédentes ne sont plus adaptées mais elles ont produit le processus voulu. Elle renoue en ce moment avec un rôle de femme, et pas seulement une mère. Un rôle fragile, renaissant, qu'il ne faut pas effrayer. C'est beaucoup plus de la présence chaleureuse d'un homme que d'un corps masculin dont elle a besoin aujourd'hui. Son visage exprime à la fois ces rôles nouveaux, les tensions qu'elle a subies et les difficultés à laisser vivre à nouveau cette partie d'elle-même. La douceur, l'attention et la chaleur humaine n'effacent pas ces tensions et c'est la fin de ce massage.

Pour savoir si je suis dans le vrai, je raconte ouvertement le processus que j'ai proposé au travers des premières rencontres. Elle répond que cela correspond à ce qu'elle vit puis nous échangeons des points de vue sur les difficultés des relations entre hommes et femmes. Elle me donne cette fois encore un peu d'argent et comme elle a besoin de temps, peut-être aussi d'un peu de recul, elle ne reprend pas rendez-vous immédiatement.



Premier courrier D'elle : […] Je te remercie de m'avoir accompagnée dans ma tristesse et de m'avoir apporté toute la douceur dont j'avais besoin à ce moment-là. (Je sais bien qu'il faudra encore du temps et que je n'en sortirai pas d'un coup de baguette magique !) Tes massages m'ont aussi permis de découvrir des souvenirs douloureux enfouis dans le corps. Je pense que cela leur fait plutôt du bien de prendre l'air ! C'est comme des chauve-souris après l'hibernation ! Cela me rappelle un peu les quelques séances de massage sensitifs que j'ai faites l'été dernier pendant les vacances. J'y ai découvert (Mieux vaut tard que jamais !) que des souvenirs pouvaient revenir dans le corps autrement que par des associations d'idées. Un temps important était consacré à ce que chacun dise son ressenti. Ce qui me semble (c'est très personnel !) un peu délicat dans ce que tu fais, ce sont les mots échangés après le massage.[…]

Premier courrier de moi : […] Des situations comme les nôtres compliquent un peu les rendez-vous de massage. Il est difficile pour moi de trouver la distance correcte avec des personnes que je connais depuis longtemps. Dois-je garder un rôle « professionnel » tout au long de l'entrevue ou plutôt essayer d'intégrer les massages à la relation que nous avons déjà. C'est délicat, en ne parlant pas simplement de mon propre ressenti ou de ma vie, comme dans les rencontres sans massage, j'ai la sensation de donner un caractère pompeux et solennel à mes activités que je veux au contraire simples et proches. En proposant des massages de confort je prends certains risques car il n'y a pas de protocole comme avec une thérapie. La personne vient comme elle est. Elle est parfois touchante et je ne sens pas la possibilité de me cacher par un rôle en me disant que cela ne me concerne pas. Le massage de confort c'est en premier un accueil humain entier. Je risque d'être touché, d'être déstabilisé, d'être séduit. J'accepte cela car autrement je ne peux pas aller à la rencontre réelle des gens. Je ne vais pas à la rencontre d'un mal de dos ou d'une fatigue passagère, je vais à la rencontre d'une vie ! Et j'ai été troublé d'être en situation d'accueillir de toi des émotions et des rôles assez féminins alors que notre relation était humainement très simple, sans les complexités habituelles des relations entre hommes et femmes. Mais je me serais senti hypocrite de ne pas écouter ton corps dans les moments où ta féminité se réveillait. Quand une situation humaine me dépasse, j'ai pris l'habitude d'écrire pour conserver, sur moi et sur les personnes qui m'accordent leur confiance, un regard humain et tendre, calme et rigoureux. Des textes dans lesquels je peux exprimer ma réalité, sans retenue, tout en veillant à éclaircir mes troubles. Au fil de nos rendez-vous, j'ai ressenti ce besoin d'expression, de clarification, de mon expérience durant nos moments. Je te confie ces mots. Il me semble évident maintenant de te permettre de les connaître. Je ne peux être plus juste et plus nu avec toi qui t'es confiée à moi. J'espère que tu trouveras bon et doux le regard que je posais sur toi. Puisses-tu recevoir amicalement mes confidences d'homme. Avec mon amitié et ma tendresse.

Second courrier elle. Il est bientôt 6 heures. Je viens d'ouvrir la fenêtre : l'air est frais, les étoiles brillent et la quatre-voies ronronne dans la nuit. Je repense à ta lettre ainsi qu'aux deux pages imprimées. J'aimerais te dire d'abord un grand merci. C'est un beau cadeau… sous différents aspects. Cette lettre et ces pages m'ont surprise, touchée et soulagée d'un grand poids. Cela m'a libéré beaucoup d'énergie qui restait bloquée. Il me restait l'impression d'une porte mal fermée, qui claquait dans un courant d'air, à cause de la façon dont j'avais interrompu notre relation. Je trouve très précieux que tu m'aies confié tes émotions et tes désirs d'homme. J'en ai été surprise. Je pensais que tu m'en voulais parce que je t'avais blessé dans ma lettre.[…] […] Je n'ai pas réussi à t'écrire ce que j'avais ressenti. C'est pourquoi je restais avec l'impression que cela s'était mal terminé, sans que je sois allée jusqu'au bout de ce que j'aurais dû te dire. J'aimerais t'écrire des choses simples et je me sens pleine de nuances et de contradictions. Les mots qui viennent ne peuvent tout dire et peuvent être reçus autrement que comme je les dis. D'abord j'ai éprouvé un immense bien-être pendant les deux premiers massages. Je me suis sentie accueillie en tant qu'être humain dans toute ma nudité physique et morale à un moment particulièrement noir. Et cela me semble extraordinaire qu'il soit possible d'arriver à faire un tel accueil de façon aussi juste. Après le massage j'ai fait un dessin tout simple et je t'en envoie une copie. Pour le troisième massage c'était différent. Revivre des émotions fortes enfouies dans mon corps m'a fait beaucoup de bien. Mais j'ai été gênée par tes caresses au niveau des seins, de l'aine et de ma toison. J'ai eu peur. Je n'ai pas osé le dire. J'ai aussi eu peur de ton jugement (et du mien). J'ai pensé que j'essaierai d'en parler la fois suivante. C'est pourquoi je suis revenue et te l'ai dit. Seulement partiellement. Je ne pouvais dire plus. Mais la confiance s'était envolée et j'en étais bien triste. C'est comme si je m'étais repliée intérieurement. Je me sens comme un papillon – lorsqu'on veut l'attraper il s'envole_– ou comme de l'eau au creux de la main – si on veut serrer l'eau, elle s'écoule. C'est ainsi que je suis maintenant ! J'ai l'air calme (ou fade) mais je me sens comme l'eau à la surface d'un étang, où frémit tout un monde. Merci de m'avoir dit que tu trouvais ma peau sensible. Je suis heureuse que tu aies eu du plaisir à me caresser car c'était réciproque. Le hic, c'est que j'ai aussi une sensibilité «  à fleur de peau » dans mon rapport avec les autres et que c'est difficile à vivre. Je n'avais jamais fait le rapprochement entre les deux aspects – la peau et la façon de ressentir les gens et les événements. J'aimerais que cette sensibilité devienne un jour une force et non un handicap. Je reconnais que je suis pleine de contradiction et qu'il n'est pas surprenant que tu éprouves des émotions d'homme quand je suis nue devant toi. Je n'ai pas pensé à toi et à tes réactions possibles. J'ai ressenti un grand soulagement lorsque j'ai lu que tu t'étais laissé emporter par tes émotions d'homme lors du troisième massage et que tu pensais que je ne reviendrai pas. Merci de l'avoir deviné et de m'avoir permis de le lire. […] J'estime beaucoup chez toi ton courage à suivre la voie que tu ressens au fond de toi, ton désir d'être, là, présent, où tu le sens et d'être le plus juste possible dans tes rapports avec les autres. Bien sûr, nous sommes des êtres humains et non des super z'héros z'olympiens ! Pour terminer avec légèreté, je te dirai que je serais heureuse de te revoir tout simplement… ni dans le rôle de mère, de massée, de sœur ou d'amante… mais d'être humain… féminin. A bientôt, si, un jour, tu le souhaites. Amicalement.


lire la suite : Un massage sensuel et sacré,   Une petite mort,  ...

Menu principal -- Prendre contact -- ecrire un commentaire -- Livre d'or


Site réservé aux adultes.
Tous droits réservés à l'auteur.


Menu ...